Au Congo, la présence des femmes en politique remonte à environ une quarantaine d’années. Quoique l’effectif soit insignifiant, elles ont apporté tout de même leur contribution inestimable afin que le Congo aille toujours de l’avant. Dans une interview accordée à l’Agence Congolaise d’Information (ACI), la présidente de la Commission Affaires Sociales, Famille, Genre et Développement Durable, la sénatrice Odette Massoussa née Kombila Mateo, apprécie la situation de la femme politique dans le pays.
ACI : Sur 69 sénateurs, le Sénat compte à peine 14 femmes. Pensez-vous que l’on atteindra les 30% prévus par la constitution d’ici 10 ans ?
Odette Massoussa (O. M) : Sur 69 sénateurs, le Sénat compte 14 femmes. Lorsque je suis arrivée au Senat, nous étions moins de 12 femmes. De fil en aiguille, les choses progressent. Je suis sûre que l’on va atteindre les 30% prévue par la loi. Il faut toujours positiver. Au départ, nous étions 15, malheureusement le Seigneur a rappelé une sénatrice l’année passée. Nous positivons, il faut signaler qu’il y a des avancées significatives qui sont remarquées au niveau de notre Parlement.
Il faut aussi dire qu’il y a un problème. Je ne vais pas jeter l’anathème sur les femmes. Mais il y a certaines femmes qui ne s’intéressent pas à la politique. Celles qui sont là, ne sont peut-être pas la crème, mais il faut dire que c’est la crème politique qui est là. Il s’agit de faire que la femme puisse s’intéresser à la politique et se fasse distinguer afin que dans nos partis politiques que nous soyons des femmes respectées et investies pour que nous soyons élues dans les deux chambres du Parlement.
ACI : Quoique peu en politique, les femmes ont joué des rôles de premier rang dans ce pays. Quel est le rôle et le pouvoir des femmes dans le processus de paix et dans l’avenir des pays post-conflit ? Sachant que les décisions prises au cours de ces périodes affectent concrètement la vie des femmes et des filles.
O.M: Je ne pense pas que les décisions prises affectent les filles et les femmes. Les femmes ont toujours joué un rôle dans ce pays. Elles sont toujours debout et présentent. Elles n’ont pas peur, elles apportent leur contribution pour que les choses s’améliorent. Naturellement lorsqu’il y a des conflits on ne comprend pas pourquoi les hommes s’en prennent aux femmes et aux enfants en les violentant et en les maltraitant. On n’a jamais compris pourquoi on s’acharne sur les femmes. Est-ce parce que les femmes c’est le sexe faible ou des personnes vulnérables ou des personnes incapables de se défendre.
ACI : Chaque année, la journée des femmes est l’occasion de réfléchir, de prendre des grandes décisions. Quel bilan faites-vous des avancées sur les droits des femmes ?
O.M: Au Congo, la femme n’est pas une personne reléguée au second plan. On fait toujours attention en ce qui concerne les droits de la femme. Aujourd’hui je peux parler de la présence de la femme dans les sphères de décisions. La femme est responsabilisée, on la respecte selon son profil et ce qu’elle peut apporter. Aujourd’hui on compte huit femmes au Gouvernement, le nombre a augmenté. Peut-être qu’on n’a pas encore atteint la vitesse de croisière. Nous pouvons dire que les droits de la femme sont respectés. Le combat n’est pas fini on continue.
Nous disons à l’Organisation des Femmes du Congo (OFC) que «seule la lutte libère». Les femmes ne doivent pas croiser les bras lorsqu’elles se rendent compte de ce qui leur manque telle que la parité. On doit se battre de manière que nous trouvons le même nombre de femmes que le même nombre d’hommes à profil égal, compétences égales et salaires égales. Mais ceci est un combat qui doit être mené de façon quotidienne. Il faut qu’il y ait une prise de conscience réelle au niveau de la femme. Il ne faut pas seulement citer le slogan sur la parité, mais il faut être capable de se rendre sur le terrain et de se faire distinguer sur son travail.
Les filles et les jeunes filles qui vont nous remplacer demain et même nous qui sommes là nous devons prendre conscience de cela. Lorsque vous êtes placé à un poste donné, on vous a fait confiance, il faut vous démarquer positivement et cela nous mènera vers cette parité que nous recherchons tous les jours sur le plan de la compétition, et sur le plan de la compétence.
ACI: Quel est le regard des hommes par rapport à vos responsabilités au Sénat ?
O.M: Il faut avouer de façon générale que les hommes n’acceptent pas les femmes au commandement. Mais, c’est à nous de nous affirmer, de leur faire comprendre que nous sommes au même pied d’égalité qu’eux. Nous avons la même matière grise, les mêmes réflexes dans le cadre du travail. Quand vous vous affirmez, les hommes vous respectent. Mais si vous nager, flotter et vous ne prenez pas conscience de la responsabilité confiée, vous n’êtes pas à la hauteur de la tâche, les hommes vont applaudir et dire que vous n’êtes pas capables. Nous sommes une infime minorité du point de vue des femmes qui sont responsabilisées, les hommes sont plus nombreux. Même si nous sommes 52% de la population du point de vue responsabilité, de la crème, de l’éducation, on trouve que les hommes sont un peu plus nombreux que les femmes dans ses sphères.
Lorsqu’ils voient une femme nommée à un poste donné, ils deviennent comme des prédateurs, ils ne veulent pas vous voir, c’est à vous de vous affirmer. Lorsque le travail est bien fait, vous faites passer un message correctement avec toute la pédagogie qu’il faut, il n’y a pas de raison qu’ils ne vous respectent pas. La balle est dans le camp de la femme responsable. Dans notre pays la femme est suffisamment avancée dans la politique, avec tout le travail que l’URFC a battu dans ce pays, pour former les femmes. Il s’agit ici de demander aux femmes de se lever toujours. «Seule la lutte libère», disait la devise de l’URFC.
Les femmes ne doivent pas dormir sur leur l’oreiller, de ne pas toujours rester à comprendre que leur rôle prédominant, leur rôle premier c’est celui de s’occuper de la cuisine, du mari, des enfants. Mais elles doivent contribuer efficacement dans le développement de notre pays. La présence des femmes est avérée, elles doivent apporter en politique leur contribution afin que notre pays aille toujours de l’avant.
ACI: Dès votre deuxième mandature au Sénat, vous avez été nommée présidente de la Commission Affaire Sociale, Famille, Genre et Développement Durable, pourtant il y a beaucoup d’hommes dans cette commission ! Comment l’expliquez-vous ?
O.M: C’est pour la première fois qu’une femme prenne la tête d’une commission qui traite spécifiquement les problèmes de l’environnement au Sénat. Il faut dire que cette commission englobe pas mal de structures, à savoir la santé, les affaires sociales, la famille et le genre. Concernant l’environnement, il faut le reconnaitre, pendant longtemps on a toujours remarqué la présence des femmes à la sphère de commandement. Je ne saurai être ingrate pour dire que les hommes seraient méchant de voir les femmes à la tête de cette commission bien au contraire je suis très ravis. J’invite ses femmes à venir, à militer dans les partis politiques, à être debout et à apporter leur contribution correctement et positivement pour l’intérêt de notre pays. (ACI/Marlyce Tchibinda)











