Congo/Santé : Les décès maternels et néonatals, une épreuve psychologique pour le personnel soignant

Brazzaville, 17 Oct (ACI) – Les décès maternels et néonatals constituent une épreuve émotionnelle difficile pour les équipes soignantes, a témoigné, le 16 octobre à Brazzaville, Mme Salomé Mienantima, sage-femme diplômée d’État à l’hôpital spécialisé mère-enfant Blanche-Gomez.

« Voir une femme venir de ses deux pieds avec joie pour donner naissance, et sortir par la porte du derrière. Vous ne pouvez pas vous imaginer. D’abord, c’est le choc, puis la culpabilité, le sentiment d’échec, la tristesse et l’impuissance. Comment l’annoncer à son mari qui discutait avec nous et sa femme au téléphone il y a quelques minutes », a-t-elle confié au cours d’une interview accordée à l’ACI.

Selon les témoignages recueillis lors d’une enquête menée dans différentes structures sanitaires, quatre des cinq professionnelles interrogées déplorent le manque de reconnaissance de leur souffrance psychologique par leur hiérarchie. Cette souffrance est liée entre autres aux  accusations des familles endeuillées et à la culpabilisation dont elles font l’objet lors des audits portant sur les circonstances des décès.

Certaines sages-femmes, profondément affectées par ces expériences traumatisantes, demandent une affectation dans un autre service afin de préserver leur équilibre émotionnel

« La difficulté ne réside pas uniquement dans la perte de la patiente, mais également dans les interrogations qui suivent le décès. Nous sommes amenées à repasser les événements en revue et à nous interroger sur nos décisions : n’aurait-on pas dû changer de méthode ? Aurait-on pu faire autrement ? Nous devons également participer aux audits », a expliqué l’une d’elles, décrivant les questionnements qui persistent parfois plusieurs années après les faits.

Au-delà de ces difficultés, ces professionnelles regrettent l’absence d’espaces d’écoute et de dispositifs d’accompagnement psychologique après ces drames. « Qui prend nos émotions en charge ? », s’est -elle interrogée, soulignant la difficulté de reprendre le service sans avoir pu exprimer leur souffrance.

De son côté, la psychologue clinicienne et spécialiste en santé publique, Mme Alida Inès Oket, a relevé que certaines sages-femmes parviennent à surmonter ces événements, tandis que d’autres développent des traumatismes et subissent un stress persistant.

Parmi les manifestations observées à la suite des évaluations psychologiques figurent les troubles du sommeil, la fatigue extrême et les pleurs sans déclencheur apparent, a-t-elle précisé.

Face à cette situation, Mme Oket a préconisé la sensibilisation aux conséquences du stress professionnel, le renforcement des capacités des sages-femmes ainsi que la mise en place d’un dispositif d’accompagnement psychologique destiné aux professionnelles confrontées aux décès maternels.

Cette problématique souligne la nécessité de protéger la santé psychologique des sages-femmes, qui doivent préserver la vie des mères et des nouveau-nés tout en faisant face aux conséquences émotionnelles de ces drames.

Au Congo, la mortalité maternelle et néonatale demeure une préoccupation de santé publique. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le ratio de mortalité maternelle est passé de 473 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2020 à 260 en 2025. En 2023, le pays a enregistré 349 décès maternels liés à la grossesse, à l’accouchement ou aux suites de couches. (ACI)

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