La présidente du Groupe de réflexion contre les violences basées sur le genre (Grcvbg), Mme Jessica Valerie Mamoni Goma, a plaidé à Brazzaville, pour un renforcement des mécanismes de prévention et de répression des violences numériques à l’égard des femmes et des filles, lors d’un entretien accordé à l’Agence congolaise d’information (ACI).
Selon Mme Mamoni Goma, le numérique est une extension des violences basées sur le genre. Les réseaux sociaux, les messageries et diverses plateformes digitales sont devenus des espaces de contrôle, de harcèlement, d’injures et d’intimidation, touchant particulièrement les femmes et les filles.
«Les violences en ligne dépassent désormais les frontières physiques et s’immiscent jusque dans la sphère privée des survivantes», a-t-elle indiqué, précisant que ces pratiques amplifient des violences déjà existantes. Parmi les formes les plus récurrentes figurent la diffusion non consentie d’images intimes, communément appelée «Revenge porn», la propagation de fausses informations, et la surveillance numérique.
Pour cette raison, le thème de cette édition «Droits, Justice et Action, pour toutes les femmes et les filles», coïncide avec les préjudices subis par les femmes. D’après elle, ces violences sont réelles et graves, avec des conséquences physiques, psychologiques, sociales et professionnelles. En effet, l’impact est d’autant plus préoccupant que les contenus diffusés en ligne peuvent ressurgir des années après leur publication.

Des difficultés d’application des textes
Évoquant la réponse judiciaire, Mme Mamoni Goma a préféré parler de «difficultés» plutôt que de «lacunes». Elle a relevé que le numérique évolue rapidement que les mécanismes de protection existants. Bien que des textes juridiques encadrent ces infractions, leur application demeure complexe en raison de l’anonymat en ligne, de la territorialité des infractions et de la coopération parfois limitée de certaines plateformes numériques.
À ces défis s’ajoutent le besoin de formation spécialisée des acteurs judiciaires et des officiers de police judiciaire, ainsi qu’une meilleure sensibilisation des populations sur les mécanismes de signalement et de conservation des preuves numériques.
La présidente du Grcvbg a également insisté sur la nécessité de vulgariser la loi encadrant les violences faites aux femmes, afin de permettre aux citoyens d’en comprendre la portée et les mécanismes de protection.
Une approche articulée autour de trois axes
Le Grcvbg recommande une approche globale reposant sur trois piliers, à savoir la prévention, la protection et la responsabilité. En matière de prévention, l’organisation préconise le renforcement de l’éducation au numérique, notamment auprès des jeunes, afin de promouvoir un usage responsable des outils digitaux.
S’agissant de la protection, la présidente a plaidé pour un accompagnement renforcé des victimes, à travers la facilitation du signalement, la conservation des preuves numériques et l’accès à une assistance juridique et psychosociale adaptée. Aussi, a-t-elle appelé à une communication accrue sur les décisions judiciaires rendues, dans un souci de dissuasion et de restauration de la confiance.
Enfin, Mme Mamoni Goma a insisté sur la responsabilisation des auteurs, co-auteurs et complices, mais aussi des plateformes numériques. Celles-ci, a-t-elle dit, doivent renforcer leurs mécanismes de signalement, améliorer la modération des contenus violents et coopérer davantage avec les autorités judiciaires.

Des actions de proximité en faveur des survivantes
Dans le cadre du mois de Mars, le Grcvbg entend intensifier ses activités de sensibilisation et d’accompagnement, notamment dans certaines communautés locales. A cet effet, elle a précisé que sa structure mène des ateliers d’information sur les droits, des séances de sensibilisation sur les procédures judiciaires, et accompagne les victimes dans le dépôt et le suivi de leurs plaintes. Outre cela, le Groupe de réflexion œuvre pour la mise en place des réseaux locaux de soutien associant autorités judiciaires, leaders communautaires et organisations de la société civile.
Dans cette optique, elle a fait savoir : «Aucune femme, aucune fille ne doit être laissée de côté dans la lutte contre les violences basées sur le genre». Une attention particulière est accordée aux mineures, femmes vivant en zones rurales ainsi qu’aux personnes en situation d’handicap, à travers des sessions adaptées en langues locales et dans des espaces accessibles.
Une défenseure engagée
Magistrate et défenseure des droits humains, Mme Jessica Valerie Mamoni Goma intervient régulièrement dans des ateliers nationaux et internationaux sur les questions liées à la protection des femmes et des filles, à l’égalité et à l’accès à la justice.
L’engagement du Grcvbg, a-t-elle conclu, vise à transformer le droit en une protection réelle et effective pour toutes les femmes et filles, conformément à l’appel lancé cette année par les Nations unies en faveur des «Droits, Justice et Action».

