Directions départementales : Du téléphone fixe à WhatsApp : Parcours des dépêches au desk central

Présente dans tous les départements du pays, l’Agence Congolaise d’Information (ACI) s’appuie sur un réseau  de correspondants.  Chacun, sur le terrain, collecte, traite et remonte l’information  au desk central à Brazzaville, où un journaliste réceptionne la dépêche, la vérifie et la prépare pour publication.

Aujourd’hui, en quelques secondes, une dépêche est transmise d’un département à un autre via WhatsApp. Cette mutation technologique a profondément transformé le travail des correspondants et celui du desk central. Pourtant, si les outils ont évolué, les défis du journalisme public restent à relever.

Il y’a 20 ans, la dictée au téléphone, un marathon pour la plume

Entre 2000 et 2016, transmettre une dépêche relevait d’un parcours de combattant. Faute  d’Internet dans les départements,  de messagerie instantanée, le correspondant se servait d’un téléphone fixe pour informer la rédaction centrale, et là commençait la dictée. Le correspondant lisait lentement sa dépêche, et transmettait l’information collectée.

Du côté de la rédaction centrale, le journaliste, stylo en main, recopiait, réceptionnait mot à mot. Il fallait aller vite, sans erreur. Cette opération se répétait, par jour, pour une dizaine de dépêches. Chaque chiffre, chaque nom, chaque fonction devait être exacte. Ainsi, le journaliste relançait plusieurs appels pour vérifier l’orthographe d’un nom propre, confirmer la fonction exacte d’une autorité, recroiser un fait etc.

Ce travail avait un coût financier. Les frais d’appel revenaient  le plus souvent au journaliste du desk central. C’était un travail pénible, exigeant, mais indispensable. Chaque dépêche recopiée était  une fenêtre ouverte sur un département, une voix de plus pour informer le pays.

Depuis 2018, le numérique change la donne

L’arrivée des réseaux sociaux dont Whatsapp ont apporté des changements. En début 2019, la rédaction a intégré tous les correspondants dans un groupe whatsapp dédié. Cette mutation a été immédiate. Le correspondant écrit sa dépêche, l’envoie, ajoute une photo ou une note vocale si besoin. A Brazzaville, les journalistes du desk central récupèrent le texte, le relit et le retouche, avant sa publication. Plus besoin de dictée au téléphone, plus de risque de mauvaise compréhension, plus de facture téléphonique salée pour le réceptionnaire.

Le numérique n’a pas remplacé les journalistes, mais a allégé leur charge. Il permet aux journalistes de gagner du temps pour se concentrer sur l’essentiel, vérifier, contextualiser, écrire. Pour le correspondant, fini le stress de la dictée sous pression. Pour le lecteur, le gain est clair, notamment l’information arrive plus vite, plus complète, plus fidèle au terrain.

L’ACI a traversé une vraie révolution. Le fil a changé, mais la mission reste la même, faire remonter la voix de chaque département jusqu’au cœur  du pays. C’est cette évolution qui permet aujourd’hui à ses lecteurs d’être informés en temps réel sur l’actualité du Congo et d’ailleurs.

Il faudrait cependant relever  que l’arrivée progressive des smartphones, de l’Internet mobile et des applications de messageries, notamment whatsapp à partir de 2018, a bouleversé cette organisation. Cette évolution constitue indéniablement un progrès. Les délais de diffusion ont été considérablement réduits, les erreurs liées à la dictée ont presque disparu et la couverture de l’actualité nationale s’est améliorée. Le public bénéficie d’une information rapide et généralement fidèle de la réalité du terrain.

Pourtant cette modernisation ne doit pas faire oublier certaines vulnérabilités. L’utilisation de WhatsApp, plateforme conçue pour la communication privée, met en lumière les limites de la transformation numérique de l’ACI.

Plus de 60 ans après sa création, l’Agence nationale continue de dépendre d’un outil grand public pour une mission stratégique du service public. Le numérique, à lui seul, ne constitue pas une politique de modernisation. Il facilite les conditions de travail, mais ne remplace pas les investissements dans les infrastructures, la formation continue des journalistes ou la mise à disposition d’équipements adoptés.

Par Brègie Pambou & Sosthène Euphrasie Milandou

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