L’Agence congolaise d’information a totalisé 65 ans d’histoire. Cette institution demeure le témoin privilégié de l’histoire nationale, et l’un des principaux artisans de la production de l’information au Congo. Son parcours relate une transformation permanente : des bandes de papier sorties des téléscripteurs aux dépêches diffusées en temps réel sur Internet. Evoluant au rythme de la révolution technologique, l’Agence n’a jamais renoncé à sa mission première, celle d’informer avec rigueur.
1961 : donner au Congo sa propre voix
Au lendemain de l’indépendance, le jeune État congolais entend affirmer sa souveraineté dans le domaine de l’information. C’est dans cette logique que l’ACI est créée par la loi n°40-61 du 20 juin 1961. L’objectif de cet organe de presse est triple. Il s’agit de produire une information authentique, d’approvisionner les médias nationaux et d’éclairer le monde sur les réalités du pays.
Née sur les cendres de l’Agence France-Presse (AFP) installé à Brazzaville, l’ACI est restée sous la tutelle des pouvoirs publics. Pendant des décennies, elle est devenue le passage obligé des grandes dépêches internationales, en provenance notamment de l’AFP et de Reuters, grâce aux téléscripteurs et téléimprimeurs.
Les journalistes rédigeaient les textes sur des machines à écrire. Les bulletins reproduits au stencil étaient distribués aux abonnés. Chaque matin, les véhicules des administrations, ambassades, entreprises publiques et privées, ainsi que ceux des médias nationaux, attendaient devant le siège de l’ACI, pour récupérer le très attendu Bulletin quotidien. Au fil des années, ce document a constitué la principale référence de l’information nationale.
Les années 1980 : l’âge d’or de l’ACI
Pour de nombreux anciens, cette décennie reste celle de la plus forte expansion de l’agence. Grâce au projet canadien, l’ACI déploie progressivement un véritable réseau national, avec des bureaux régionaux implantés dans presque tout le pays. De Pointe-Noire à Impfondo, en passant par Dolisie, Sibiti, Owando, Djambala, Kinkala ou Ouesso, les correspondants alimentent quotidiennement le desk central en informations. Celles-ci sont transmises par télex, téléphone ou phonie, puis redistribuées aux médias nationaux et partenaires étrangers. L’ACI devient alors un véritable grossiste de l’information.
L’ACI ne se limite pas à produire de l’information nationale. Très tôt, elle développe un vaste réseau de coopération avec plusieurs agences internationales : AFP, Reuters, Tass, Chine Nouvelle, Associated Press, Prensa Latina, Agence Marocaine de Presse (MAP), Agence de presse Sénégalaise (APS), Agence Angolaise de Presse (ANGOP) ou encore l’Agence panafricaine d’information (PANA).
Ainsi, ces partenariats permettent aux médias congolais d’accéder à une information internationale diversifiée, tout en assurant une visibilité de l’actualité congolaise à l’étranger.
Former pour mieux informer
La crédibilité de l’ACI repose aussi sur ses ressources humaines. Avec l’appui de l’Unesco et de plusieurs programmes africains de coopération, des générations de journalistes, photographes, documentalistes, techniciens et administrateurs sont formées aux standards internationaux du métier. Cette politique de renforcement des capacités contribue durablement à la réputation de l’agence.
L’arrivée des nouvelles technologies dans les années 1990 intervient dans un contexte particulièrement complexe. Faute de moyens suffisants, l’ACI peine à suivre le rythme de la révolution numérique.
Les événements de 1997 entraînent la perte d’une partie importante des équipements et ralentissent les activités de plusieurs bureaux départementaux. Des départs à la retraite affaiblissent progressivement le réseau territorial car, le nombre de correspondants ou de points de collecte diminue. De même, certains bureaux ou relais cessent de fonctionner, les moyens humains, matériels ou financiers deviennent insuffisants. Par conséquent, la qualité, la rapidité et la couverture de l’information se dégradent.
Le grand virage vers le numérique
Les années 2000 marquent le début d’une nouvelle étape. Avec le soutien de partenaires comme l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), l’Agence de Presse Africaine (APA), Chine Nouvelle et la Fédération Atlantique des Agences de Presse Africaines (Faapa), l’Agence renouvelle progressivement ses équipements et adopte les technologies numériques.

Les ordinateurs remplacent définitivement les machines à écrire, les anciens dictaphones à cassette cèdent le pas aux nouveaux moyens de collecte de l’information. L’Internet accélère la circulation de l’information. Les appareils photos numériques, les smartphones et les réseaux sociaux bouleversent les méthodes de travail. Le journaliste d’Agence migre petit à petit vers un journaliste multimédia.
Aujourd’hui, une dépêche peut être publiée en plusieurs formats (texte, vidéo et audio) puis relayée sur les réseaux sociaux. Outre les textes, la rédaction produit et développe désormais des contenus adaptés aux nouveaux usages de l’information. Cette évolution exige également de nouvelles compétences : journalisme web, vérification des contenus numériques (fact cheeking), maîtrise des plateformes digitales.
Le défi de la crédibilité
À l’heure où les réseaux sociaux accélèrent la propagation des fake news, des anciens responsables de l’ACI rappellent que la rapidité ne doit jamais se faire au détriment de la fiabilité. Selon eux, la véritable valeur ajoutée d’une Agence de presse réside dans la vérification des faits, le croisement des sources et le respect des règles déontologiques.
Le passage au numérique est une nouvelle étape de l’histoire de l’ACI. Les défis restent nombreux, entre autres, la modernisation des équipements, le renforcement des directions départementales, la formation continue des journalistes, la production des formats vidéo, audio et infographie, ainsi que la numérisation des archives.
Par Berninie Dédé Massamba & Espérance Oko

