Droits des femmes : Claire Bodonyi plaide pour la reconnaissance des combats féminins

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L'ambassadrice de France au Congo/Photo d'archives

Au cours d’une interview exclusive accordée à l’Aci, prélude à la célébration de la Journée internationale des femmes dans la diplomatie, l’ambassadrice extraordinaire et   plénipotentiaire de la République française au Congo, Claire Bodonyi, a interpelé le monde, à ne pas oublier que les droits des femmes font intégralement partie des combats diplomatiques de l’humanité.

« Le travail n’est jamais gagné, et nous sommes encore dans un moment où pour des raisons peu inexplicables, on ne veut pas reconnaître que les femmes ont leur place à égalité avec les hommes dans notre monde », a-t-elle expliqué, déplorant le fait que les droits des femmes n’avancent plus dans les instances internationales, notamment à New York, Genève, ou à Nairobi.

A cet effet, la diplomate française a appelé toutes les femmes en fonction, à se battre pour leurs droits, parce qu’il devient de façon plus lointaine et subtile à les amoindrir. « La diplomatie féministe symbolise la confiance de l’importance des droits humains, qui font partie des obligations que doivent avoir les femmes diplomates », a-t-elle précisé.  

Commémorer les femmes en diplomatie, c’est célébrer l’idée qu’une femme apporte en tant que négociatrice

Ainsi, lorsqu’on célèbre les femmes dans la diplomatie, on célèbre l’idée qu’une femme apporte en tant que négociatrice, messagère, quelque chose qu’un homme n’apporterait pas. C’est la complémentarité entre un homme ambassadeur et une femme ambassadrice, a-t-elle souligné.

« Les qualités respectives, au-delà de la base professionnelle, un ambassadeur et une ambassadrice sont des gens qui connaissent le droit international, les relations internationales et qui s’informent de l’histoire du pays dans lequel ils sont envoyés. Ce sera  la base que chacun aura d’interagir à sa façon. Une femme n’interagit pas de la même manière qu’un homme, mais chacun apporte quelque chose de différent », a expliqué Claire Bodonyi.

Au regard des crises actuelles, notamment à l’Est de la République démocratique du Congo (Rdc), dans les territoires palestiniens et en Russie, les dirigeants du monde ont des rapports extrêmement tendus. Etant des hommes, ils exercent leur rapport de force que n’auraient pas les femmes. « Quand vous êtes envoyés dans un pays, il faut sans doute garder en tête que le rapport frontal est un rapport qui se limite dans le temps, et donc il faut trouver d’autres voies pour discuter des affaires à régler », s’est-t-elle justifié.

Priver les femmes dans l’avancée du monde, un mauvais calcul

Par rapport au thème retenu cette année, « Pour toutes les femmes et les filles : droits, égalité et autonomisation », la diplomate française a estimé que ces trois thématiques doivent permettre à tous, de prendre conscience que priver les femmes dans l’avancée du monde est simplement un calcul qui est mauvais arithmétiquement.

D’après l’ambassadrice de France, les trois points évoqués dans ce thème met en lumière la considération de la planète à l’égard de tous. Les filles, les femmes, les jeunes et les hommes font partie d’un ensemble, l’un ne va pas sans l’autre. A travers ce thème, il est important de comprendre que les femmes et les filles ne sont pas dans une revendication.

Dans ce cadre, elle a rappelé le terme Womeniste, créé par des femmes afro-américaines très religieuses qui ne s’opposaient pas aux hommes, mais qui comprenaient la place des hommes et des femmes, tout en souhaitant une égalité de traitement entre eux.

« Le mot Féministe prononcé par beaucoup de gens donne l’impression qu’une rivalité s’est installée entre les femmes et les hommes. Or, la diplomatie féministe n’exclue pas les hommes mais un impératif de vouloir travailler ensemble. Et les femmes et les filles doivent avoir cette possibilité de collaboration mutuelle », a signifié la diplomate française.  

Par ailleurs, l’entretien a également permis à Claire Bodonyi de parler de l’autonomisation des femmes et des filles, mentionnant qu’il est question de prendre en compte 50% de la population mondiale. Et, Si ce droit à l’autonomisation leur est privé, la planète se prive de la moitié de la force de travail, de l’intelligence mondiale et forcement, le monde avance moins bien.

Claire Bodonyi honorée d’être la première ambassadrice au Congo

Concernant sa nomination en tant que première femme au poste d’ambassadrice au Congo, la diplomate française a notifié qu’avant d’être nommée, il faut considérer l’honneur et la confiance  données par les deux pays de la recevoir comme ambassadrice.

« D’une part le Président de la République française m’a fait confiance de me confier cette mission, on n’envoie jamais un ambassadeur dans un pays sans l’agrément des autorités locales, d’autre part, il est important de montrer ses capacités professionnelles. Le Président n’a pas envoyé une femme au Congo, mais un professionnel », a-t-elle dit.

De ce point de vue, la diplomate a affirmé être un pont entre les deux peuples. Une position qui demande énormément de sérieux, de conviction et de démonstration sur le respect qu’elle a, et sa reconnaissance vis-à-vis du peuple congolais.

Au cours de cette interview, elle a rassuré que son pays travaille pour renforcer l’obligation règlementaire qui est faite, celle d’avoir au moins 40% des femmes nommées ambassadeurs. «On n’y est pas tout à fait, mais on tend vers cet objectif », a confié Claire Bodonyi, qui est à son troisième poste en tant qu’ambassadrice de la République française.

Par Blanchard Boté