Makhalba Malechek : «L’Afrique ne demande pas seulement de l’aide, elle a besoin des partenariats équilibrés»

À travers son single « Belle Afrique », dévoilé en collaboration avec les artistes  Oupta et Mariusca La Slameuse, le rappeur congolais Makhalba Malechek entend promouvoir une image positive du continent africain, fondée sur sa richesse culturelle, son potentiel intellectuel et la créativité de sa jeunesse. Dans un entretien exclusif accordé à l’Agence congolaise d’information (ACI), l’artiste revient sur sa vision de l’Afrique et les perspectives de son nouvel album intitulé « Tant attendu ».

Agence Congolaise d’Information (ACI) : À travers le single « Belle Afrique », vous défendez une image du continent différente de celle généralement véhiculée dans les médias. Quel est votre sur l’Afrique ?

Makhalba Malechek (M.M) : Nous ne pouvons pas continuer à présenter l’Afrique au monde uniquement à travers la misère et les difficultés auxquelles elle est confrontée. Notre continent possède également une richesse culturelle exceptionnelle et des potentialités considérables.

À travers ce single, j’ai voulu mettre en lumière cette autre facette du continent : une Afrique fière de ses origines, de ses racines, de sa culture et de son identité. Je souhaite que le monde découvre une Afrique forte, instruite, créative et capable d’innover. Notre continent possède une histoire intellectuelle et scientifique importante. L’Égypte ancienne, par exemple, témoigne de l’existence de grandes traditions de savoir en Afrique.

ACI : Dans votre single, vous affirmez que l’Afrique ne demande pas seulement de l’aide, mais des partenariats. Comment expliquez-vous cette position ?

M.M : Je pense notamment à l’image qui a longtemps été véhiculée du continent, celle d’une Afrique qui aurait constamment besoin d’aide et serait toujours en position de demande. Or, l’Afrique n’a pas seulement besoin d’aide, elle demande des partenariats gagnants-gagnants. Elle souhaite que sa véritable place soit reconnue, car elle a beaucoup à apporter au reste du monde.

Il ne s’agit pas de prétendre que l’Afrique n’a jamais été capable de grandes réalisations, mais plutôt de reconnaître qu’elle n’a pas toujours eu la possibilité de montrer pleinement son potentiel. Aujourd’hui, nous devons pouvoir affirmer notre place dans le monde et réclamer le respect qui nous est dû. Les relations avec les autres continents doivent davantage reposer sur la reconnaissance mutuelle, la coopération et des partenariats équilibrés.

ACI : La jeunesse représente une grande partie de la population du continent. A travers ce single, quel message avez-vous voulu faire passer à la jeunesse africaine ?

M.M : Il est temps de rêver grand et de cesser de nous limiter à cause du complexe. Nous devons comprendre que nous aussi, nous pouvons marquer l’histoire. Nous évoquons souvent des grandes figures comme Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Amadou Hampâté Bâ ou Birago Diop. Il est important de leur rendre hommage, mais nous devons également écrire notre propre histoire et y inscrire nos noms. Pour y parvenir, nous devons accomplir de grandes choses, faire preuve de pragmatisme et innover dans nos différents domaines d’activité.

Dans la musique, par exemple, certains ont longtemps pensé que préserver l’identité africaine consistait uniquement à utiliser des instruments traditionnels comme le djembé ou à reproduire des sonorités anciennes. Il est important de valoriser nos traditions, mais nous pouvons aussi les associer aux autres genres de musique du monde pour créer de nouvelles sonorités qui portent notre identité.

Cette démarche concerne également la technologie, l’entrepreneuriat, l’agriculture et bien d’autres secteurs. Chaque jeune doit comprendre qu’il peut contribuer au développement de son pays et du continent.

Nous pouvons nous inspirer d’artistes comme Fally Ipupa, Ferré Gola, Koffi Olomidé, Jacques Loubelo et Antoine Moundanda, qui ont marqué notre culture par leurs œuvres. Nous devons aussi rendre hommage à des figures comme Zao Casimir. À notre tour, nous devons travailler pour laisser une empreinte dans l’histoire.

ACI : Comment est née l’idée de réunir Oupta et Mariusca La Slameuse autour du projet de ce single ?

M.M : Tout est parti d’une composition musicale que m’a envoyée mon compositeur, Cardo, connu sous le nom de Cardo on the Beat. Dès la première écoute de l’instrumental, j’ai été inspiré. Cette musique m’a projeté dans un univers qui dépassait le cadre congolais pour embrasser une dimension africaine et universelle. Je me suis alors dit que, pour obtenir la couleur musicale que je recherchais, il me fallait Oupta et Mariusca.

J’ai donc pris l’initiative de les contacter. Je considère Oupta comme l’une des grandes chanteuses congolaises, tandis que Mariusca contribue au rayonnement du slam congolais au-delà de nos frontières. Elles ont toutes les deux accepté ma proposition. Leur présence apportait exactement les sensibilités artistiques que je souhaitais réunir sur ce morceau.

ACI : La création de chaque œuvre est souvent confrontée à plusieurs difficultés. Quels sont les obstacles que vous avez rencontrés ?

M.M : La principale difficulté est survenue en studio, lorsque Mariusca a écrit un texte particulièrement long. Elle était tellement inspirée qu’elle avait pratiquement rempli tout l’espace musical avec ses paroles. Il ne restait donc plus suffisamment de place pour les autres intervenants.

Nous avons dû lui demander de résumer son texte. Or, les mots de Mariusca sont forts et, lorsqu’on a écrit autant de choses, il n’est pas facile de décider ce qu’il faut conserver ou supprimer.

Elle a néanmoins accepté de faire ce travail de sélection, une véritable opération de chirurgie artistique, afin de trouver le bon équilibre. Nous avons travaillé ensemble pour que chaque artiste puisse trouver sa place dans la chanson.

ACI : Ce single est extrait de votre album « Tant attendu ». Pouvez-vous nous parler de ce nouvel album ?

M.M. : Parler aujourd’hui de mon album « Tant attendu » me fait énormément plaisir, car c’est un projet qui me tient à cœur depuis de nombreuses années. Voir ce projet se concrétiser et pouvoir enfin le présenter au public est une grande satisfaction.

Après les titres « Makamona Messa », « La Cité » et « La Mélo », « Belle Afrique » constitue le premier featuring que j’ai dévoilé. En 2014, j’ai sorti mon premier album, intitulé « Bib Fétiche », qui a notamment été récompensé dans la catégorie du meilleur premier album hip-hop aux Beat Street Awards, la même année.

Depuis cette sortie, je n’avais publié que des singles. Le public me réclamait régulièrement un nouvel album. J’ai donc fini par comprendre que ce projet était véritablement attendu. Je n’avais pas besoin de chercher un titre compliqué. « Tant attendu » s’est imposé naturellement. C’est ma manière de dire au public : ce que vous avez tant attendu, je vous l’offre enfin.

ACI : Vous avez assuré vous-même la production audio de l’album. Comment s’est organisé le travail ?

M. M : Pour la production audio de l’album, je travaille en indépendant. C’est moi-même qui assure la production de l’ensemble du projet, sans structure de production extérieure. Concernant la vidéo, je tiens à apporter une précision : j’ai confondu « Belle Afrique » avec « La Mélo », dont le clip est déjà sorti. « Belle Afrique » ne dispose pas encore de clip vidéo.

La réalisation de la vidéo de « La Mélo » a été assurée par Talavision Films, une structure composée de jeunes Congolais et Africains évoluant en France et spécialisée dans la couverture de nombreux événements. C’est une équipe professionnelle que je tiens à remercier, notamment Denja et Cédric Passy.

ACI : Après la sortie annoncée le 6 novembre 2026 de votre album, comment comptez-vous assurer sa promotion ?

M.M : Nous comptons effectuer des tournées médiatiques et proposer des prestations privées et publiques pour faire la promotion du projet. Nous participerons également à des festivals et à des émissions de télévision, de radio et de presse.

Nous voulons utiliser les différents canaux de communication disponibles pour faire connaître cet album et toucher le plus grand nombre de personnes possible.

Propos recueillis par Kesnov Ngouolali

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