Dans une interview exclusive accordée à l’Agence congolaise d’information (ACI), le 27 mars à Brazzaville, le gérant de l’entreprise Nodes Technology, Jacques Benhur Essissongo, a annoncé la création de solutions innovantes, dont la plateforme ‘’Duo’’ pour contribuer à la démocratisation de l’accès à l’Intelligence artificielle (IA) en République du Congo. Cet entretien a également permis au gérant de Nodes Technology de faire la genèse de son entreprise, de proposer des alternatives susceptibles d’améliorer le climat des affaires au Congo et de renforcer le cadre juridique en faveur de l’évolution de l’entrepreneuriat numérique.
Nodes Technology est une entreprise spécialisée, entre autres, dans l’intelligence artificielle (IA). Pouvez-vous nous présenter votre structure de façon détaillée ?
Créée en 2023, Nodes Technology est une jeune entreprise congolaise spécialisée dans le développement de solutions informatiques pour les entreprises, avec un accent particulier sur les solutions propulsées par l’IA. Elle aide les entreprises à résoudre leurs problèmes grâce à des solutions digitales adaptées.
Notre entreprise est également engagée dans le développement des compétences numériques à travers plusieurs initiatives de formation. Parmi lesquelles la formation des jeunes filles dans le cadre du programme ‘’Stem’’, soutenu par la Fondation Burotop Iris en juillet 2025 ; la formation des cadres et agents du ministère en charge de la Fonction publique en août 2025 ; ainsi que la formation en avril 2025 des jeunes et professionnels dans le cadre du programme ‘’Base64’’, en partenariat avec l’Agence universitaire de la francophonie (Auf).
Toujours dans ce cadre, nous comptons lancer d’ici le 15 mai prochain, une nouvelle vague de formation.
Votre structure a déjà développé plusieurs services, parmi lesquels “Aya”, une solution visant notamment à accompagner les utilisateurs dans la recherche d’informations. Quelles autres solutions innovantes comptez-vous développer ?
‘’Aya’’ est une solution que nous avons développée pour répondre à un besoin exprimé par l’un de nos clients, à savoir Nsia Assurances Congo. Dans le cadre de sa vision, cette entreprise souhaitait démocratiser l’assurance au Congo, en facilitant l’accès à l’information, mais aussi en permettant aux Congolais de souscrire à une assurance via WhatsApp sans se déplacer.
Concernant les solutions à venir, nous travaillons actuellement sur une plateforme libre-service destinée aux entrepreneurs, e-commerçants et petites et moyennes entreprises (Pme), afin de leur permettre de bénéficier de la puissance de l’IA. Cette solution, dénommée ‘’Duo’’ permettra de créer une synergie efficace entre les agents IA et l’entrepreneur.
À travers cette plateforme, les entrepreneurs et Pme pourront non seulement gérer leur activité de bout en bout, mais aussi collaborer avec l’IA dans leurs opérations quotidiennes.
Vous existez depuis 2023. À ce jour, quel est, selon vous, l’impact de vos services sur les entreprises que vous accompagnez ?
Bien que nous ayons démarré en 2023, vous imaginez qu’avec les réalités du marché, il a été assez difficile de s’imposer au départ. Entre 2024 et 2025, nous avons réussi à générer un impact concret. Nous avons, par exemple, permis à une société des télécommunications de la place de développer un nouveau canal de vente digital, avec des taux de conversion significatifs.
Récemment, notre collaboration avec Nsia Assurances a permis de structurer et de piloter un réseau commercial de plus de 200 agents et partenaires, entièrement géré à travers notre solution. Cela illustre concrètement la capacité de nos outils à transformer les opérations des entreprises.
En perspective, quels sont vos perspectives à court, moyen et long termes ?
À court terme, notre objectif est d’obtenir le label ‘’Startup’’, actuellement piloté par l’Agence de développement de l’économie numérique (Aden). Ce label nous permettra non seulement de bénéficier d’une reconnaissance institutionnelle, mais aussi d’accéder à de nouvelles opportunités.
De même, nous ambitionnons de lancer officiellement notre solution ‘’Duo’’, dans le but de contribuer à la démocratisation de l’accès à l’IA en République du Congo et de répondre concrètement aux besoins des jeunes entrepreneurs congolais.
À moyen et long terme, notre vision est de consolider notre position en tant que leader dans le domaine de l’IA non seulement au Congo, mais également d’étendre nos activités au niveau de la sous-région.
Au cours de ces dernières années, le gouvernement a mis en œuvre plusieurs initiatives en faveur du renforcement du cadre juridique des start-ups. Quelle est votre appréciation sur l’entrepreneuriat numérique au Congo ?
Je pense qu’il est important de reconnaître les efforts qui ont été entrepris ces dernières années par le gouvernement en faveur du développement de l’entrepreneuriat numérique. La mise en place de structures comme l’Aden, le Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement des petites et moyennes entreprises (Figa), les réflexions autour du label Start-up, ainsi que certaines initiatives d’accompagnement et de formation constituent des avancées significatives et montrent une volonté réelle de structurer l’écosystème.

Malgré ces progrès, il reste encore plusieurs défis à relever pour permettre un véritable essor de l’entrepreneuriat numérique au Congo. Plusieurs obstacles freinent encore ce secteur, dont les difficultés d’accès au financement, les contraintes de l’environnement administratif, le manque d’infrastructures adaptées, ainsi que l’insuffisance d’accompagnement des jeunes entreprises innovantes.
Pour y parvenir, il est nécessaire de poursuivre les efforts, en renforçant les mécanismes de soutien, en facilitant les démarches et en créant un cadre encore plus favorable à l’innovation, afin de permettre aux start-ups congolaises d’exprimer leur potentiel et de contribuer durablement à l’économie nationale.
Depuis des années, des entrepreneurs se plaignent des obstacles qui freinent le développement du secteur privé alors qu’il constitue un atout majeur d’employabilité dans un pays. Quelle analyse faites-vous du climat des affaires de notre pays ?
Le climat des affaires au Congo présente aujourd’hui un potentiel réel, mais il reste encore marqué par un certain nombre de contraintes qui ralentissent l’initiative privée. Beaucoup d’entrepreneurs font face à des difficultés liées à l’accès au financement, à la léthargie administrative, à l’instabilité de certains cadres réglementaires ou encore à un environnement économique parfois peu prévisible.
Sur ce, il est important de souligner qu’il existe une dynamique progressive d’amélioration, avec des efforts observés dans la digitalisation de certains services et la volonté d’accompagner davantage les entreprises locales. À mon avis, pour libérer pleinement le potentiel du secteur privé, il est essentiel de simplifier davantage les procédures, de renforcer la confiance entre les acteurs publics et privés, et de créer un environnement plus stable, transparent et incitatif pour les investisseurs et les entrepreneurs.
Avez-vous un message particulier à adresser aux Congolais ?
J’encourage les jeunes à la responsabilité. Nous vivons une époque où le digital offre des opportunités sans précédent. Dans ce contexte, il est important de se former, de développer des compétences et surtout d’oser entreprendre malgré les difficultés. Le chemin n’est pas toujours facile, mais chaque initiative compte et contribue à construire l’économie de demain.
J’invite également les jeunes à ne pas seulement être des consommateurs de technologie, mais à devenir des créateurs de solutions adaptées à nos réalités locales. J’appelle à une collaboration plus forte entre les différents acteurs, entreprises et jeunes talents, car c’est ensemble que nous pourrons bâtir un écosystème numérique solide et durable pour le Congo.
Propos recueillis par la rédaction





