Dans une interview exclusive accordée à l’Agence Congolaise d’Information (ACI), à l’occasion de son 65e anniversaire, le ministre de la Communication et des médias, porte-parole du gouvernement, Thierry Lézin Moungalla, a annoncé la mise en place dans les prochains mois, d’une politique visant à donner à l’ACI, les moyens de recouvrer ses capacités techniques et numériques. Au cours de cet entretien, il a non seulement évoqué la modification du mode de gouvernance des organes publics, mais également rendu hommage à l’ACI, qui a su traverser les méandres et le parcours sinueux de l’histoire du Congo depuis l’indépendance.
Créée le 20 juin 1961, l’ACI a totalisé 65 ans d’existence au service de la Nation. Ces 65 années seront célébrées officiellement en différé, le 30 juillet prochain. En votre qualité de ministre de la Communication et des médias, que représente cette célébration ?
Thierry Lezin Moungalla (T.L.M) : La résonnance même des dates, c’est-à-dire, 20 juin 1961-20 juin 2026, est une indication que l’ACI a quasiment accompagné le Congo depuis l’indépendance, jusqu’à la célébration attendue des 66 ans de notre accès à la souveraineté pleine et entière.
Cela signifie que l’ACI est dans son cheminement, consubstantiel à l’évolution de notre pays, vis-à-vis de la société, des institutions et du peuple congolais. Nous devons avant tout rendre hommage à l’ACI, qui a su traverser les méandres et le parcours sinueux de l’histoire de notre pays depuis l’indépendance. Cette agence est une vénérable institution qui, de ce fait, mérite le respect de tous et de chacun.
En totalisant 65 ans d’existence, l’ACI a œuvré depuis sa création au rayonnement de la République du Congo sur tous les plans. À ce jour, comment appréciez-vous la fiabilité du traitement de l’information au sein de cet organe de presse?
T.L.M : Si l’on parle des 65 ans, il faut prendre en compte plusieurs générations de professionnels, techniciens, journalistes, communicants qui ont œuvré au rayonnement de l’ACI depuis sa création. Je crois qu’il est opportun de rendre hommage à ces grands professionnels. Il serait souhaitable, si certains des pionniers de cette aventure étaient encore de ce monde, de solliciter leur témoignage, pour qu’ils puissent nous éclairer sur les heures glorieuses et le début de la grande aventure de cette agence de presse.
Quant au traitement de l’information, je ne partirai pas de 2026 pour en parler, mais je partirai justement du début. Et je crois que l’ACI a connu ses heures glorieuses, au moment d’abord de sa création et de l’évolution de son activité. Comme toutes les agences de presse, notamment publiques, elle a été en adéquation avec les besoins en information institutionnelle, les souhaits et les besoins des gouvernants, acteurs politiques, leaders sociaux dans notre pays. Elle disposait en tant qu’agence de presse des outils, qui lui ont permis de jouer pleinement son rôle d’une agence produisant une information fiable nationale et responsable.
Ce sont les fondamentaux qui ont permis à l’ACI de prendre toute sa place dans le paysage médiatique de notre pays. Par rapport à la période présente, je pense que l’ACI reste, parce qu’animée par des professionnels, techniciens et journalistes, un outil d’une grande fiabilité. La production de l’information au sein de ladite agence est responsable et fiable. Elle permet à nos compatriotes d’accéder à une information de qualité.
Par ailleurs, son principal handicap en tant qu’outil de production de l’information, ce sont les conditions de travail des agents. Que ce soient les conditions de travail intrinsèques, à savoir l’état des locaux, la capacité à disposer des outils de dernière génération, l’absence de certains outils en adéquation avec le numérique, tout cela provoque une certaine distorsion, une certaine difficulté pour son travail au quotidien.
Sur ce, le rôle du gouvernement, qui est incarné dans notre secteur par le ministre de la Communication et des médias, c’est d’œuvrer en faveur du développement de cette agence. Dans les prochains mois, le gouvernement a l’intention de mettre en place une politique qui doit permettre de donner à l’ACI les moyens de recouvrer ses capacités techniques et numériques.
Notre devoir est de permettre que cette production d’informations de qualité soit adossée aux outils adaptés au 21e siècle et singulièrement à la période numérique. C’est l’action que nous entendons mener dans les prochains mois.
Aujourd’hui tous ceux qui pourraient créer des entreprises de presse, et qui voudraient produire de l’information, sont en droit de le faire. Ce qui est heureux, c’est que l’ACI a une niche spécifique qui doit lui permettre de disposer d’un public, d’une cible, qui soit demanderesse d’une information de qualité, à condition qu’elle rejoigne les consommateurs de l’information là où ils se trouvent, notamment sur les réseaux sociaux et le numérique en général.
A ce jour, c’est ce principal écueil qui empêche l’ACI de se déployer, de disposer d’une pleine capacité pour toucher ces populations. Donc, le principal axe sur lequel le gouvernement travaille, c’est la modification de la gouvernance des structures publiques sous tutelle du ministère de la Communication et des médias. A cet effet, nous avons entamé des discussions avec les ministères du Portefeuille.
Que ce soit l’ACI, Télé Congo, Radio Congo et toutes les institutions rattachées au ministère, nous déplorons malheureusement que ces structures n’ont pas une pleine indépendance au sens juridique et organique du terme. Elles n’ont pas une pleine capacité, à la fois, à fixer une démarche de développement autonome, et à disposer des capacités d’accéder à des financements.
Pour que nous puissions le faire, il faut transformer ces organes de presse soit en établissement public, soit en entreprise d’État, pour leur donner une autonomie beaucoup plus grande vis-à-vis de la portion étatique que représente le ministère de la Communication.
Entre 2021-2022, nous avons procédé à une réforme de l’Imprimerie nationale du Congo qui dépend pour des particularités historiques du ministère de la Communication. Nous sommes en train de travailler avec le ministère en charge du Portefeuille public pour que tous ces médias obtiennent les moyens juridiques de se gouverner autrement.
Évidemment, tout cela s’accompagne puisque l’idée, c’est ressourcer financièrement l’ACI, que ce soit par une dotation initiale du gouvernement pour l’équiper en outils performants, faire la rénovation de son siège, faciliter le déploiement de ses correspondants à l’intérieur du pays et pourquoi pas à l’étranger, en vue de la production d’une information qui soit à la fois fiable, couvrant tous les segments des centres d’intérêt des consommateurs de l’information.
De même, cet accompagnement devra permettre à l’ACI de disposer des capacités, de bénéficier de toute une série de facilités pour s’autogérer et de gérer de manière indépendante son développement. Il s’agit là, de la pierre angulaire de la réforme que le gouvernement entend mettre en œuvre pour assurer l’accélération de la marche dans notre secteur de la communication et de l’audiovisuel public.
Avec la montée en puissance des médias en ligne, l’ACI a pour défi majeur de s’arrimer au même diapason que les autres agences sœurs africaines. Pour relever ce défi, l’agence a davantage besoin de votre accompagnement pour accélérer sa transformation numérique. Que peut-elle attendre spécifiquement de son ministre de tutelle que vous êtes?
T.L.M : D’abord un cadre juridique, c’est le principal élément. Nous travaillons sur cette réforme de la gouvernance avec le ministère en charge du Portefeuille public. À partir du moment où cette réforme sera impulsée, l’ACI aura la capacité d’assurer son propre développement. Cette réforme va permettre de faciliter l’accès au financement, parce que toute cette croissance, l’arrivée même de professionnels de haute qualité, vous l’êtes déjà, nécessite un équipement de bonne qualité. C’est ce genre de cadre juridique dont le gouvernement a le devoir d’assurer. C’est cette réforme principale de la gouvernance qui va entraîner tous les effets positifs qu’on vient d’évoquer.
Avez-vous un message particulier à adresser aux agents ?
T.L.M : Aux agents, je dis courage, parce que comme on dit, après le mauvais temps vient l’éclaircie et vient le soleil, après la nuit vient le lever du soleil. Nous espérons et nous sommes convaincus que le gouvernement mettra en œuvre avec énergie tout ce que nous devons faire pour redresser l’ACI, lui redonner son lustre d’antan. Les 65 ans sont un moment de réflexion, d’où venons-nous, où sommes-nous arrivés et où allons-nous ?
Et dans ce triple réflexions, rétrospective, présente et prospective, le gouvernement est certain et marque son optimisme devant les perspectives qui sont les vôtres. Le gouvernement qui est en charge de l’intérêt général, surtout dans un moment dominé par les réseaux sociaux qui ne sont pas toujours fiables en termes d’information, va prendre ses responsabilités en faveur du développement de l’ACI pour les prochains mois et les prochaines années.
Bravo aux travailleurs, beaucoup de respect pour leur travail malgré des conditions qui ne sont pas toujours dignes et correctes. Tous mes encouragements parce que le gouvernement n’oublie pas l’ACI, et va proposer dans les prochains mois un plan de développement qui tienne compte de tous les paramètres que nous avons évoqués lors de cet entretien.
Propos recueillis par Grace Dinzebi & Edouard Mangongo

