Derrière les milliers de dépêches et de reportages ayant jalonné l’histoire de l’ACI se trouvent des femmes, souvent des héros dans l’ombre, qui ont façonné l’identité de cette institution. Plus qu’une simple présence, elles constituent aujourd’hui la principale force de travail de l’Agence et participent pleinement à son rayonnement.
Sur un effectif de 205 agents, l’ACI compte 127 femmes, soit près de 62 % de son personnel. Cette majorité féminine n’est pas le fruit du hasard. Elle traduit une évolution progressive de l’administration publique congolaise, et témoigne surtout de la confiance accordée aux compétences féminines dans un secteur longtemps perçu comme exigeant.
Cette prédominance ne se limite pas aux services administratifs. Les femmes sont présentes dans tous les maillons de la chaîne de production de l’information, partant de la rédaction, à la documentation, l’administration, gestion financière et les directions départementales. En milieu urbain comme rural, elles assurent quotidiennement la couverture de l’actualité nationale, parfois dans des conditions complexes nécessitant mobilité, disponibilité et sang-froid.
Une présence qui accompagne toute l’histoire de l’Agence
Depuis 1961, l’ACI a connu plusieurs mutations : diversification des supports d’information, évolution des pratiques journalistiques, modernisation progressive des outils de production et adaptation aux exigences du numérique. À chacune de ces étapes, les femmes ont accompagné les transformations de l’institution.
Leur contribution dépasse largement le cadre de la production de l’information. Elles ont participé à la transmission du savoir-faire professionnel, à l’encadrement des jeunes journalistes et au maintien des standards de qualité qui fondent la crédibilité de l’Agence. Elles ont également permis de mieux prendre en compte des sujets liés à la santé, à l’éducation, à la culture, au développement local ou encore à la promotion des droits des femmes, enrichissant ainsi le traitement de l’actualité nationale.
Leur parcours illustre une évolution plus large de la place des femmes dans les médias congolais. Longtemps cantonnées à certaines fonctions, elles occupent désormais des postes de responsabilité et prennent part aux décisions stratégiques de l’institution.
Plusieurs femmes exerçant à l’ACI dans le domaine administratif, notamment Mmes Nicole Batila, chef de service documentation, Pauline Mpassi, chef de bureau affaires sociales, Mabondzo Véronique, chef de service maintenance contribuent au bon fonctionnement des services par leur rigueur et leur sens de l’organisation. Ainsi que celles évoluant à l’intérieur du pays à l’instar de Mme Mercia Loemba, rédactrice en chef à Pointe-Noire, reconnue pour la rédaction de dépêches et de reportages et des responsables comme Mmes Claude Zekakani, se distinguent également par la qualité de leur travail.
Au fil des années, de nombreuses femmes ont occupé des postes de responsabilité. Mme Alexandrine Mbemba, a été directrice départementale de la Bouenza. Aujourd’hui, le département du Niari est animé actuellement par deux femmes, Mmes Rose Léa Kali Mabengo au service administratif et Financier ainsi que Marie Toto, rédactrice en cheffe.
Dans le temps, ce département a connu également la participation d’autres femmes comme Mme Barbe Ngomo Ngomo rédactrice en cheffe et aussi d’autres à savoir Mmes Josephine Nzaou Bouanga et Louise Bayissi comme collaboratrices.
L’Agence compte 15 femmes cheffes de service et plus d’une quarantaine de cheffes de bureau. Aux côtés de leurs collègues masculins, elles assurent quotidiennement le fonctionnement de la structure, faisant preuve d’un engagement constant et d’un grand professionnalisme.
Elles participent activement à la couverture médiatique à la réalisation des bulletins quotidiens, des magazines spéciaux, depuis la collecte de l’information jusqu’à la diffusion. Sur le plan administratif, elles veillent à la bonne marche des différents services. A ce titre, en matière de conservation et de protection des archives écrites, une femme dirige le service de documentation, un maillon essentiel qui contribue à préserver la mémoire et à valoriser le patrimoine documentaire de l’Agence au niveau national.
Le leadership féminin, un levier de modernisation
Pour Mme Annie Itoua Peya, directrice départementale de Brazzaville, cette réalité constitue un acquis qu’il convient de consolider. À l’occasion du 65ᵉ anniversaire de l’ACI, elle souligne que la contribution des femmes mérite d’être pleinement reconnue, et que les efforts en faveur de l’égalité des chances doivent être poursuivis.
Sa vision s’inscrit dans une dynamique tournée vers l’avenir. Elle ambitionne de contribuer, aux côtés de l’ensemble des agents, à faire de l’ACI, une agence de presse moderne, réactive et proche des citoyens. Cette ambition passe notamment par la valorisation des initiatives locales, la promotion des politiques publiques et une couverture approfondie des réalités économiques, sociales et culturelles du Congo.
Pour elle, la transformation numérique constitue également un enjeu majeur. Dans un environnement médiatique marqué par la rapidité de circulation de l’information et la montée en puissance des plateformes numériques, les femmes disposent, selon elle, d’atouts importants pour accompagner cette mutation grâce à leur capacité d’innovation, sens d’organisation et leur faculté d’adaptation.
La compétence comme principal moteur
Si les statistiques témoignent d’une majorité féminine, elles ne suffisent pas à expliquer le rayonnement de l’ACI. Celui-ci repose avant tout sur les compétences, la rigueur et l’éthique professionnelle de ses agents.
Toutefois, Mme Annie Itoua Peya estime que le journaliste demeure avant tout un professionnel au service de la vérité. Selon elle, le respect des faits, la vérification des informations, l’impartialité et la qualité rédactionnelle constituent les fondements d’une information crédible. Ce sont des valeurs qu’elle s’efforce d’incarner au quotidien dans l’exercice de ses responsabilités.
Cette exigence professionnelle explique en grande partie la confiance dont bénéficie encore l’Agence auprès des institutions publiques, des partenaires et du grand public, dans un contexte où la désinformation représente un défi croissant pour les médias.
Au-delà de leur mission d’information, les femmes de l’ACI constituent aujourd’hui des modèles pour les jeunes générations. Leur parcours démontre que les métiers du journalisme, de la communication et de l’information offrent aux femmes des perspectives d’épanouissement professionnel et de leadership.
Aussi, la directrice départementale de Brazzaville a souligné que le travail, la persévérance et l’intégrité demeurent les clés de la réussite. Son souhait est de voir davantage de jeunes femmes rejoindre les métiers des médias avec la conviction que leurs compétences peuvent contribuer au développement de l’Agence et, plus largement, à celui du paysage médiatique congolais.
Une majorité qui constitue un atout stratégique
À l’heure où l’ACI célèbre ses 65 ans, la forte représentation des femmes apparaît comme l’une des caractéristiques majeures de son identité. Leur engagement quotidien a permis de préserver la continuité du service public de l’information tout en accompagnant les évolutions de la profession.
Dans un contexte où les organisations internationales encouragent une plus grande participation des femmes aux postes de décision et dans les médias, l’expérience de l’Agence Congolaise d’Information illustre qu’une institution peut conjuguer performance, professionnalisme et forte représentation féminine.
L’histoire de l’ACI montre ainsi que son rayonnement ne s’est pas construit uniquement grâce à ses infrastructures ou à ses missions institutionnelles. Il repose aussi sur des femmes dont la compétence, la détermination et le sens du service public continuent d’écrire, chaque jour, une part essentielle de l’histoire de la première agence de presse du Congo.
Par Nadège Makoubama & Honorine Soukou

